J’ai un peu moins de dix-sept ans. Je fréquente un collège pourri depuis l’âge de huit ans. C’est le collège catholique le plus prestigieux de Cannes, et l’un des plus prestigieux de France. Il y règne une discipline de fer. On se fait frapper à la moindre petite incartade.
Je connais les punitions corporelles, les fessées, les coups de règle sur les fesses. Les coups ne s’arrêtent que quand on a énormément pleuré, après plusieurs longues minutes. Et ça, c’est seulement lorsqu’on n’a pas fait un devoir ou qu’on n’a pas retenu une leçon d’anglais.
Mais il y a des punitions plus dures.
Un élève avait volé plusieurs sacs de bonbons dans une épicerie près du collège. Il avait été surpris par un employé. Le gamin avait renversé l’étalage sur le sol. Les autres employés étaient intervenus pour le maîtriser. Le directeur du magasin préféra appeler le directeur du collège plutôt que la police, qui n’aurait rien fait.
Comme cet élève était interne, il mangeait et dormait au collège. Le soir, il fut privé de repas et puni à faire la tête de lit. C’est-à-dire se tenir debout, au garde-à-vous, au pied de son lit, sans avoir le droit de se coucher ni de dormir. Cette punition était connue de tous les internes. Normalement, elle durait quelques heures : une, deux, parfois trois. Pour lui, ce fut quatre.
Le lendemain, en classe, les professeurs expliquèrent le comportement de cet élève que tout le monde connaissait bien. Un gamin très dur, méchant, qui frappait les autres pour un rien et se battait constamment. On le voyait souvent recevoir des coups de règle sur les fesses. Lui, il ne pleurait jamais. Après, il disait qu’il s’en foutait, que ça ne lui faisait pas mal. Alors que tous, sans aucune exception, finissaient toujours par pleurer – et bien sûr, par avoir honte d’avoir pleuré devant les autres.
Ce lendemain, aussitôt après sa douche, le gamin fut cueilli nu, ruisselant d’eau, par des surveillants. Il fut enfermé dans une salle avec juste une serviette. Il était nu, pour recevoir la punition.
En classe, les profs nous expliquaient ce qui s’était passé : le comportement inadmissible de cet élève en dehors du collège. Certains, plus audacieux que les autres, n’hésitèrent pas à contester. Ils disaient que ça s’était passé en dehors du collège, et donc que cela ne concernait en rien l’établissement, et qu’il n’avait pas à être sanctionné ici. Un autre ajouta que cela relevait de la police, pas du collège.
Non, on leur répondit très sèchement :
— Vous êtes tous des élèves de notre prestigieux collège. Quand vous êtes en dehors de notre établissement, vous êtes les représentants de notre institution. Vous devez avoir une attitude irréprochable. Les mauvais comportements faits en dehors du collège doivent être sanctionnés au collège, et plus durement : deux fois plus, au minimum.
Vous allez tous assister à sa punition, pour que vous voyiez bien ce qui arrive à ceux qui se comportent mal en dehors de notre collège.
Une heure après, on attendait dans la cour. Tous les élèves étaient là, terrifiés.
Il y avait une estrade haute d’un mètre, avec des marches pour y accéder. Dessus, une grande table, une couverture pliée.
Arrivent des surveillants, et le gamin – en fait un petit homme – entièrement nu.
On était tous frigorifiés. Le gamin était un dur, fier d’aller subir la punition corporelle, fier de nous montrer que les coups ne lui faisaient pas peur.
Les surveillants le tenaient fermement, le guidaient.
Le directeur lut son papier. On avait tous peur. Peur d’être ensuite appelé à prendre sa place pour une connerie qu’ils auraient découverte entre-temps.
Le directeur termina son discours. Je l’entendis dire : « une centaine de coups de trique sur le corps nu, et en plus cinquante coups de règle en bois sur les fesses nues ». Et il ajouta :
— Et tu devras demander pardon à genoux devant tes camarades et devant notre institution. Tant que tu n’auras pas demandé pardon, que tu ne te seras pas excusé, que tu n’auras pas dit que tu regrettes, que tu n’auras pas promis et juré de ne plus jamais recommencer ce que tu as fait, et de ne plus jamais mal te comporter, les coups se poursuivront.
Le directeur demanda :
— Tu veux peut-être commencer par t’excuser ?
Le gars répondit :
— Va te faire foutre, curé de merde. Tout ce que je vais recevoir, je vous le rendrai personnellement à vous tous, et en double.
Les surveillants penchèrent le gars sur la table. On voyait ses fesses bien courbées, bien tendues, position qu’il devait respecter pour qu’il ressente davantage la douleur.
Le directeur dit : « Allez-y. Donnez-lui la punition. »
À chaque coup de trique, tous les élèves les ressentaient. Ils semblaient avoir aussi mal que lui. Le gars ne pleurait pas, mais on voyait sur son visage qu’il avait mal.
Normalement, les coups s’arrêtaient quelques minutes après que le puni avait pleuré. On avait tous compris que le gars tiendrait le coup, ne pleurerait pas. Et il recevrait beaucoup plus que cent coups de trique et cinquante coups de règle. Car le directeur lui avait bien dit qu’il devait demander pardon à genoux. On savait qu’il ne le ferait jamais et que cette fois ça allait très mal finir pour lui.
Une fille, scandalisée, se dirigea vers le directeur. Elle lui dit de stopper. Les surveillants s’arrêtèrent.
Elle dit au gars puni :
— Ne joue plus au con. Tu dois pleurer. Ils veulent te voir chialer devant nous. Pleure, sinon ils vont te tuer. Ils vont le faire, tu n’as pas compris ça ? Pleure, mets-toi à genoux et fais ce qu’il t’a demandé.
Les coups repartirent. Le gars céda. Il pleura, se mit à genoux, implora le pardon.
Mais malgré ses larmes, il n’y eut aucune réduction du nombre de coups. Les coups continuèrent comme prévu, jusqu’au dernier.
Puis, le directeur annonça à la fille qu’elle était punie pour avoir mal parlé d’eux et pour être intervenue pendant une sanction.
Elle ne fut pas dénudée. On la courba sur la table, on releva sa jupe, on aperçut sa culotte blanche, et les coups de règle frappèrent durement ses fesses. Elle fondit en larmes. Elle demanda pardon, continua de pleurer, mais les coups durèrent encore. Cela nous sembla durer une éternité.
Le gars et cette fille furent ensuite conduits à l’infirmerie. Les bonnes sœurs s’occupèrent de leurs fesses. Tout le monde fut scandalisé, tous se turent. Personne n’en parla à ses parents. On aurait eu trop honte.
Pierre Delatour
Romans • Langues • République tchèque
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